Le vélo autrement

En plein été

Câmpulung, Lupii Dacilor 29 km, le 16 juillet

 

Pour cette course, assez éloignée de Cornu, nous avons décidé de partir 3 jours en famille. Nous avons logé dans une pension de famille à Cotenesti, à une quinzaine de km de Câmpulung.

Ici, nous sommes au cœur de la montagne, au cœur des Carpates. La course ne sera pas une sinécure : on voit d’assez près la montagne qui nous attend. Le plan annonce un dénivelé positif de 660 m, avec une ascension initiale de 10 km jusqu’au sommet de 1042 m. Une première pour moi qui n’ai jamais grimpé une montagne qu’en voiture ! thcampulung 01

Et en effet, ce sera une expérience unique pour la beauté et la difficulté du parcours. J’attendais avec impatience les descentes que je savais longues et vertigineuses, autant que les montées abruptes et fatigantes. (photos) et je ne fus pas déçu. Une des plus belles courses de la saison.

Au rayon des chiffres, disons que ce ne fut pas extraordinaire : 3h26 pour les 29 km, soit 8,44 km/h de moyenne. Je soupçonne toutefois le parcours de faire un peu plus de 29 km car mon chrono marquait 32 km ! Bizarre.

Une grosse surprise malgré tout : je me classe second dans ma catégorie (+ 50) . Ici, je dois donner quelques explications. Le Riders Club a créé des catégories d’âge jusque 50 ans. Il n’y a donc pas de catégorie au-delà de 50 ans et je me trouve dans cette catégorie, malgré mes 71 balais !

En revanche, le club a créé aussi des catégories de valeur, c’est-à-dire de niveaux de force. Il y a ainsi 5 niveaux : Élite, niveau 1, 2, 3 et 4. Le niveau 4 est le niveau le plus faible. Les responsables peuvent vous déplacer d’une catégorie dans une autre, supérieure ou inférieure, selon vos résultats.

thcampulung 18Je me suis inscrit naturellement au niveau 4, qui est le niveau des débutants, des coureurs qui ont peu d’expérience ou qui font du vélo occasionnellement.

Je suis donc 2ème des « plus de 50 ans » dans le niveau 4. Me voici sur le podium, en compagnie du 1er et du 3ème de la course. J’ai pas mal d’amis qui montent régulièrement sur les podiums en Belgique ou en France, mais je peux avouer sans honte que pour moi, c’est la première fois de ma vie. Et sans doute pas la dernière ! Quelques honneurs, ça ne fait pas de mal !

Mihai Bravu Dumbrava cu Margaritar 21 km, le 6 aout

 

Cette course qui se déroule entièrement dans le parc national de Comana est réputée sans grande difficulté. Avec une différence de niveau de +170 m, on n’aura guère que quelques bosses à gravir, pas de longues côtes ni de descentes vertigineuses pour se défouler.

Comme le village est assez lointain de Cornu, je décide de dormir à Bucarest la veille. J’en profiterai pour prendre en charge un coureur de Bucarest qui cherchait un moyen de transport. Bogdan sera une compagnie agréable et intéressante, étant donné ma curiosité sur les motivations d’un coureur roumain. C’est la première fois que j’ai l’occasion de parler de notre sport favori avec un autre coureur. Bogdan est dans la catégorie 29-39 ans et du niveau 4 mais il vient tout juste d’être « bombardé » dans la catégorie supérieure, vu ses (trop) bons résultats au niveau 4. Cela ne le satisfait pas vraiment parce que cela signifie aussi une plus grande difficulté à monter sur le podium. Et il avait raison : il terminera 5ème, un peu déçu par sa performance.

thcomana 05Personnellement, j’ai eu plus de chance. Je terminerai 2ème et me retrouverai donc sur le podium pour la seconde fois en 2 courses ! thcomana 10

La course se déroulait exclusivement dans la forêt, ce qui pour moi est un avantage certain : zigzaguer entre les arbres, ça me plait. Je suis tellement emballé qu’après le ravitaillement du 15ème km, je suis surpris de retrouver déjà la sortie du bois et les derniers km que j’avais parcouru à l’échauffement, suivant gentiment la course des enfants. C’est donc presque au sprint que je termine la course, très étonné d’en avoir terminé aussi vite. Sans le savoir, dans cette dernière partie, je dépassai, sans le savoir, le 3ème de la course, Serghei, avec qui je ferai plus ample connaissance un peu plus tard.

Résultat : 1h28, soit une moyenne de 14,30 km/h , la meilleure jusqu’à présent. Je termine à la 171ème place sur 336 arrivées. Je peux être satisfait car je sens aussi une nette amélioration de mon comportement et de ma gestion de course.

Reconnaissance du parcours « 4 Pedale » du 27 aout.

 

Je dois maintenant vous parler de Serghei.

Depuis plusieurs semaines, je cherchais un partenaire pour la course des « 4 Pédales » .

Serghei a accepté de faire équipe avec moi mais me demande de venir à Bucarest reconnaître le parcours avec lui. Le samedi 13 aout, j’ai donc rencontré Serghei sur le parking d’ IKEA. Il avait la carte du parcours et un GPS pour nous guider. En fait, ce ne fut pas si simple et on a dû se perdre 2-3 fois mais en fin de compte, nous avions parcouru une partie du tracé de cette course.

J’ai juste constaté qu’il était bien plus rapide que moi sur les portions plates et droites, sans aucune difficulté. Ce n’est donc pas étonnant qu’il m’ait pris 7 minutes sur ce parcours facile, le jour de la course.

Mais avant cela, il faudra d’abord que je me rende à Gura Humorului pour le marathon de Bucovine.

Bucovina Maraton : 35 km le 20 aout

 

Une grande aventure, ce marathon, avec du bon, et du moins bon. Une grande fatigue, surtout, après coup, ce qui m’a fait forcé à commettre une erreur : aucun entrainement toute la semaine suivante, avant notre « duo 4 pédales ».

Tout d’abord un long voyage : 7 heures de route pour 450 km et me voilà au cœur de cette région célèbre pour ses monastères : la Bucovine. Nous avions visité ces monastères avec feu mon ami français Christian (qui m’a à peu près tout appris de l’informatique) et qui a vécu quelques temps à Suceava. Connaissez-vous ces monastères : Humor et Voronet ? Ce dernier surtout qui a donné son nom au fameux « bleu de Voronet » (le bleu transparent qui recouvre les murs extérieurs) dont on n’a jamais trouvé l’origine. th01 bucovCe phénomène attire des milliers de touristes chaque année. Nous sommes donc dans une zone très fréquentée et ce fut d’ailleurs l’un des problèmes de cette course : comme une partie du parcours se déroulait dans la ville, nous étions obligés de respecter les règles de circulation : feux rouges, passages de piétons, etc. Tout ce qui fait que cette course n’en était pas vraiment une, et de loin. Malgré tout, le parcours dans la montagne était fabuleux, heureusement. Là, j’ai quand même deux anecdotes très amusantes et réconfortantes à raconter. La première. A un poste de ravitaillement où je m’étais arrêté, je suis abordé par un homme qui était occupé à réparer une crevaison de son vélo : «Bonjour. Excusez-moi. Comment vous appelez-vous ? » « Michel » (il vaut mieux ne pas dire mon nom qui est imprononçable pour un Roumain) « Michel, je dois vous remercier et vous féliciter ». « Ah bon.. Pourquoi donc ? » « Parce que vous m’avez donné la force et le courage de continuer. Je voulais abandonner. Me permettez-vous de prendre une photo avec vous ? » …. Bien entendu !

Je suis reparti ensuite, un peu abasourdi et ragaillardi, songeant surtout à la suite de la course mais par après, j’ai regretté de ne pas avoir demandé plus à ce monsieur car je ne sais rien de lui. Je ne sais même pas s’il a terminé la course. Je n’ai pas réussi à le revoir après, et aujourd’hui, je n’ai pas encore réussi à le retrouver sur internet. J’aimerais recevoir cette photo mais je ne sais pas si ce sera possible. Le souvenir restera quand même. Chouette, non ?thbucovina 09

Plus tard dans la course, il m’est arrivé autre chose que je ne risque pas non plus d’oublier (et sans photo). Vous savez déjà que ma modeste « spécialité » c’est la descente. La dernière partie de cette course était la descente d'un des sommets jusqu’à la ville, presque 400m plus bas. Environ 3 km de plaisir pour moi. Mais voilà qu’une dame de la course des « élites » (qui faisaient 70 km, le double de nous) me rattrape et me dépasse. J’hésite une seconde et puis je me mets dans son sillage. C’est beaucoup plus facile lorsqu’on a quelqu’un qui trace la voie. On fonce (moi surtout) Ça va vite, très vite ! Je commence à me rendre compte du danger mais je ne peux pas m’arrêter, au contraire. J’ai l’impression de « planer », d’être dans un rêve, de ne plus être moi-même. Je vais sûrement aller tout droit au paradis (sic!) La descente devient plus abrupte, difficile à cause des racines d’arbres et tout à coup, la fille bloque. Je freine trop tard mais je donne un coup de guidon à droite pour l’éviter et je rentre la tête la première dans un gros arbre qui me bloque net. C’est mon casque qui prend tout le choc, mais aucun mal, aucun dégât. La fille me dit « Ici, je crois qu’il faut continuer à pied »… En effet, c’était si abrupt que j’ai dû jeter mon vélo 2m plus bas pour pouvoir descendre sans danger… La fille a disparu devant moi….

Mais savez-vous? Je donnerais cher pour revivre ce moment … génial. J’y repense chaque jour !

La suite fut pourtant beaucoup moins agréable.

Après ces émotions, nous sortons du bois et retrouvons les petites rues de la périphérie. Plus on se rapproche du centre, plus la route est encombrée de touristes et il faut faire très attention. A ce moment, j’avais rattrapé 2 autres coureurs et nous sommes restés ensemble pour cette traversée. Les feux rouges, les passages pour piétons mais aussi… les indications qui deviennent de plus en plus rares et, fatalement, nous nous sommes trompés… Vite demi-tour et en arrière pour chercher les signes. Finalement, nous approchons du grand parc dans lequel se jugeait l’arrivée. Mais une dernière surprise nous attendait : l’entrée du parc est accessible via une passerelle fermée par deux « tourniquets » (qui sont là pour empêcher tout passage de véhicule, même vélo) Mes deux compagnons ont vite résolu le problème : ils attrapent leur vélo au-dessus de leur tête et passent les tourniquets sans difficulté ! Et moi ? Pas question de soulever mon vélo en l’air : je m’écroulerais sans doute en dessous de lui :) Je n'ai même pas essayé !

Je ne vois qu’une seule solution : passer le vélo DANS les tourniquets ! Ça a un peu grincé, couiné, mais en fin de compte, il en sorti sain et sauf (et moi aussi). Mais je ne vous dis pas la tête que je faisais un peu plus loin sur la ligne d’arrivée : thbucovina 04

Résultat final : 4h04 pour les 35 km, soit une moyenne de 8,60 km/h

C’est fini pour le négatif ? Je dirais qu’il reste encore la cerise sur le gâteau. C’était vraiment pas mon jour, celui-là !

Je rentre ensuite à la pension pour prendre ma douche et me changer. Puis je retourne à l’arrivée pour suivre, par curiosité, la remise des prix. Je savais déjà que je n’avais pas de podium puisque cette course n’avait pas de catégorie « +50 » J’étais donc dans la catégorie inférieure des « +40 » ! Je regarde tout ça tranquillement en bavardant avec l’un, avec l’autre. Je fais notamment la connaissance d’un Belge (flamand) qui a une créé une petite société IT à Bucarest. Hans fait partie des « élites » Ça veut dire un coureur de haut niveau. Il avait fait 70 km (comme la fille que j’avais suivie un moment) .. Ça me fait un nouveau « copain » Ils sont rares les francophones par ici ! (attention, c’est un flamand qui parle correctement français!)

J’échange aussi quelques mots avec Marius, que j’avais connu à Câmpulung lorsqu’il était monté sur le podium avec moi. Je connaissais bien son âge puisqu’il me l’avait dit à l’époque : 61 ans

La remise des prix est presque terminée et voilà que les organisateurs appellent le plus jeune participant pour lui offrir un prix. Je songe alors qu’ils vont peut-être appeler aussi le plus vieux ? Eh bien oui, ils appellent le concurrent « le plus expérimenté » et c'est … Marius G ! Aussitôt celui-ci galope vers le podium, attrape son cadeau et le brandit vers ses amis qui sont là… thbucovina 02 Moi, je reste interloqué. J’avais failli me lever, naturellement, mais je me suis rassis très vite. Marius savait très bien qu’il n’était pas le plus vieux et que nous avions parlé ensemble, donc que j’étais là, devant le podium, mais il n’a rien dit….

La remise des prix terminée, je suis allé trouvé l’organisateur pour lui demander une explication. Il était très embarrassé et a dit qu’il avait essayé de me joindre par téléphone. C’était vrai, mais c’était aussi très stupide parce qu’il était impossible d’entendre un GSM dans le tonnerre des hauts parleurs du podium… Bref, je resterai sur ma faim mais le pire c’est que j’ai revu Marius plus tard qui rigolait et s’amusait bien en me montrant « mon » cadeau ... « Eh oui, c’est moi qui ait eu ton cadeau »…… Je préfère oublier ce type !

Le lendemain je suis rentré tranquillement à Cornu, très fatigué, physiquement et moralement. C’est pour cette raison que je n’ai fait aucun entrainement la semaine suivante.

Baneasa « Les 4 pédales » 21 km le 27 aout

 

Cette course s’effectue par équipes de 2 coureurs. Chacun d’eux effectue le parcours individuellement, un peu comme dans un « contre la montre ». Le premier coureur de l’équipe prend le départ avec tous les premiers coureurs de toutes les équipes. Au bout de son parcours, il passe le relais au second coureur de son équipe. Mais ce passage de relais est un peu particulier. Tous les coureurs sont rangés côte à côte, derrière la ligne d'arrivée, le long d’une large avenue, selon leur numéro d’ordre. La particularité c’est qu’on ne peut pas rouler dans cette zone mais on est obligé de courir à côté de son vélo, aussi bien le coureur qui arrive que celui qui part.

Je me suis donc présenté à Baneasa après une semaine de repos complet, sans entrainement, et donc, peu préparé pour l’épreuve des « 4 pédales » avec mon ami Serghei. thbaneasa 02

C’est lui qui est parti le premier, avec le peloton. Nous, les coureurs du second tour, nous étions alignés dans la grande avenue, en attendant l’arrivée de notre partenaire. Lorsque Serghei est arrivé, j’ai donc dû parcourir environ 300-400m en courant avec le vélo. Ce sprint m’a complètement vidé parce que j’ai voulu donner le maximum, alors que je sais très bien que j’ai abandonné la course à pied pour un problème de cartilage au genou et que la course à pied m'est interdite. Après ce "sprint", je n’avais plus de jambes. Impossible de pousser sur les pédales. Je subissais, pour la première fois, l’effet d’une grande fatigue accumulée depuis déjà quelques semaines, ajoutée à la folie de cette course. C’était très dur de ressentir cette impuissance… J’étais totalement déconcentré, ce qui fait que, dans la forêt, j’ai réussi à accrocher une petite fille en la dépassant … On s’est retrouvé tous les deux au tapis, sans gravité, heureusement. Je suis reparti, tant bien que mal en faisant juste ce que je pouvais. Sur la fin du parcours, j’ai enfin trouvé mon second souffle et j’ai réussi à suivre assez bien un autre coureur. Mais au final, c’était désastreux : 7 minutes en plus que Serghei mais grâce à son excellente performance, notre équipe se classait tout de même 18ème/44

thbaneasa 07Mais pour moi, avec un goût amer de trop peu, évidemment.

Pas de podium, naturellement, mais le résultat était quand même pas mal, vu que je n’étais pas en très grande forme après mon séjour en Bucovine.

Résultat : 1h03 pour les 21 km soit une moyenne de 19,6 km/h. C’est ma meilleure performance, mais compte tenu de ce que j’ai dit plus haut, j’aurais dû faire beaucoup mieux.

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